Dans notre premier article sur Auriou, nous avions posé les bases : on choisit une râpe d'abord pour la forme à travailler, puis pour sa piqûre. La râpe fauteuil, la queue-de-rat et le rifloir couvrent déjà beaucoup de situations. Mais la gamme de la Forge de Saint-Juéry va bien plus loin, avec des outils moins connus, souvent nés d'un métier précis, qui règlent des problèmes que les râpes classiques gèrent mal.
Voici quatre de ces râpes que nous avons en boutique, ce qui les rend particulières et le moment où elles deviennent utiles. Cette fois, on entre un peu plus dans la technique.
Avant de commencer : deux repères techniques
La piqûre se lit avec la longueur
Auriou numérote ses piqûres de 1 (la plus grosse) à 15 (la plus fine). Mais ce numéro n'a de sens qu'avec la longueur de la râpe. Auriou le dit lui-même : une piqûre 10 est fine, voire très fine, sur une râpe de 300 mm, et déjà grosse sur une râpe de 150 mm. Plus la râpe est courte, plus il faut monter en numéro pour obtenir la même finesse de travail.
C'est pour cela que, sur plusieurs modèles, vous ne choisissez pas librement la piqûre : elle découle de la taille de l'outil.
Droitier ou gaucher ?
La plupart des râpes Auriou existent en version droitier et en version gaucher. Une râpe s'utilise rarement parfaitement dans l'axe : on la pousse légèrement en biais, un peu comme un rabot. Les dents piquées à la main sont orientées pour accompagner ce geste, d'où une version pour chaque main. Si vous êtes gaucher, choisissez la version gaucher : le travail sera plus confortable et moins fatigant. Certains modèles (queue-de-rat, râpes aiguilles) n'existent qu'en une seule version.
1. La râpe Albi : deux piqûres, un profil en ogive

Elle porte le nom de la ville voisine de la forge, et c'est sans doute la meilleure porte d'entrée dans la gamme après la fauteuil.
Ce qui la distingue :
- Deux piqûres sur une même râpe, une par face : 11 et 14 sur la 200 mm, 5 et 9 sur la 250 mm. On dégrossit d'un côté, on affine de l'autre, sans changer d'outil.
- Des angles non taillés : les chants ne coupent pas. On peut donc travailler une surface contre un épaulement ou une arête sans l'abîmer.
- Un profil en ogive : vue de côté, la râpe n'est pas plate sur toute sa longueur. Elle s'affine à partir des deux tiers environ. Auriou compare son fonctionnement à celui d'une broche de mécanicien : le tiers avant pénètre le bois sans effort, les deux tiers arrière « calibrent » la surface.
Pour qui ? Pour les surfaces planes ou convexes, l'ajustage et l'apprentissage. Avoir deux piqûres sur un seul outil aide à comprendre très concrètement ce que change un numéro de piqûre.
👉 Voir la râpe Albi (200 et 250 mm, droitier et gaucher)
2. La râpe effilée de modeleur : la fauteuil, en plus précise

Les modeleurs, ces artisans qui fabriquaient en bois les modèles servant à couler les pièces de fonderie, travaillaient au dixième de millimètre. Selon Auriou, cette râpe dérive de la râpe fauteuil et a été adaptée à leurs besoins.
À longueur égale, par rapport à la fauteuil :
- elle est plus étroite ;
- sa face bombée a un rayon plus prononcé.
Elle entre donc dans des creux plus serrés et permet un travail plus fin. Auriou annonce des précisions souvent inférieures au dixième de millimètre.
Pour qui ? Pour ceux qui ont déjà une fauteuil et se retrouvent bloqués dans les concavités étroites, et pour la lutherie, le modélisme et la sculpture de petites pièces. Elle existe de la piqûre 9 (250 mm) à la piqûre 15 (150 mm).
👉 Voir la râpe effilée de modeleur
3. La râpe fer à repasser cintrée : travailler loin des bords

Auriou le reconnaît lui-même : c'est un outil « méconnu mais d'une grande utilité ». Son nom vient de sa silhouette.
Sa particularité tient en deux points :
- La soie est décalée, du côté opposé à la face piquée (une seule face est piquée). La main ne touche donc pas la pièce : on peut râper au milieu d'une surface, loin des bords, là où une râpe droite oblige à cogner les phalanges.
- Le profil est légèrement cintré dans la longueur, ce qui permet de réaliser des formes planes ou concaves.
La largeur va de 10 à 30 mm, et la piqûre suit la largeur : 12 pour la 10 mm, jusqu'à 8 pour la 30 mm. C'est la logique vue plus haut, plus l'outil est petit, plus la piqûre est fine.
Pour qui ? Pour creuser une assise, un plateau sculpté, le fond d'une forme, ou reprendre une surface encadrée de reliefs.
👉 Voir la râpe fer à repasser (5 largeurs, droitier et gaucher)
4. Les râpes aiguilles : le détail extrême

Ce sont de petites râpes monobloc, d'une seule pièce, en piqûre 14. Auriou les destine aux maquettistes et à tous ceux qui travaillent des détails d'une extrême finesse.
Elles existent en quatre formes, qui reprennent en miniature la logique des grandes râpes :
- Plate (deux angles taillés) : pour les surfaces planes ;
- Queue-de-rat : section ronde, pour les petits trous et les concavités serrées ;
- Mironde (deux angles taillés) : section demi-ronde aplatie, une face plate et une face légèrement bombée ;
- Couteau : section en lame, qui s'amincit vers un bord, pour entrer dans les angles et les fentes étroites.
Pour qui ? Pour la maquette, la marqueterie, les petits objets, la reprise de détails sculptés, et pour ceux qui trouvent le rifloir encore trop gros. Elles n'existent pas en version gaucher.
Comment les associer ?
Ces râpes ne remplacent pas la fauteuil : elles la complètent, chacune pour une géométrie précise.
- Vous débutez : Albi, pour apprendre deux piqûres avec un seul outil.
- Vous avez une fauteuil et les creux vous résistent : effilée de modeleur.
- Vous travaillez au milieu d'une surface : fer à repasser.
- Vous descendez dans le très petit : râpes aiguilles, puis rifloirs.
Et toujours le même réflexe : d'abord la forme à obtenir, ensuite l'outil dont la géométrie lui correspond, enfin la piqûre.
Vous hésitez entre deux modèles ? Passez nous voir en boutique pour les prendre en main, ou écrivez-nous : on vous aide à choisir.
Sources : documentation et tarifs Auriou (G.M.A.), référentiel technique Gaignard-Millon.


