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Sebastien Gros

À propos de l’auteur

Sebastien Gros

Ebéniste & Formateur

Sébastien Gros pratique depuis plus de quinze ans le travail du bois exclusivement aux outils à main. Auteur pour le magazine Le Bouvet et d’un ouvrage consacré aux outils à main, il partage également son savoir-faire à travers les ateliers de La Manufacture Atelier Bois. Il explore et transmet les techniques traditionnelles de fabrication, de l’outil jusqu’au meuble.
Est-il réellement pertinent de travailler à la main?

Est-il réellement pertinent de travailler à la main?

Un constat ?

« Le travail du bois à la main ? C’est une pratique désuète !   On peut travailler le bois à l’aide de défonceuses sur batterie, de systèmes d’aspiration à déclenchement par appel de courant et de CNCs.  En somme, il n’y a plus grand intérêt de nos jours à travailler le bois aux outils à main…  C’est trop exotique et anachronique et c’est réservé aux ébénistes nostalgiques qui idéalisent ces gestes d’une autre époque. »

Et puis c’est indéniable,les fournisseurs des grandes enseignes d’ameublement n’ont aucun intérêt à mettre en œuvre ni du bois massif : trop hétérogène, trop capricieux, il se déforme, il fend s’il n’est pas mis en œuvre par des artisans compétents.  Ces grands groupes n’ont pas plus d’intérêt à s’appuyer sur des outils à main : la machine a ceci d’extraordinaire qu’elle augmente considérablement les marges dès que l’on envisage la production en séries et la mise en œuvre de panneau de particule, si l’on accepte de travailler de la poussière de bois agglomérée, qui présentent l’avantage d’une grande stabilité dimensionnelle.

Un autre constat…

Mais est-ce pour autant pertinent d’écarter d’emblée les outils à main ?   Un particulier doit-il nécessairement équiper un atelier de 50 m² au moins pour lui permettre des réalisations de qualité ?

Alors posons-le d’emblée : le travail du bois aux outils à main reste la pratique la plus adaptée pour qui souhaite construire des meubles de qualité, en bois massif, solides, durables, sans sacrifier la sécurité, sans ruiner sa santé et sans empiéter de manière déraisonnable sur la surface habitable disponible.

Parce qu’avec un peu de technique et des outils adaptés, la précision des assemblages ferait pâlir le plus chevronné des ajusteurs.  Parce qu’avec un peu de pratique, des outils bien affûtés et un peu d’expérience, on ne met pas trois fois plus de temps pour réaliser un meuble avec des outils à main qu’avec des outils les plus récents.  Il est important de préciser que l’affûtage, s’il semble anecdotique et relever d’une pratique presque ésotérique, reste non seulement incontournable pour travailler avec efficacité, plaisir et sécurité.  De surcroît, et c’est vérifié à chaque stage, tout le monde est en mesure d’affûter.


Nul besoin donc d’un parc de machines et d’un réseau de tuyaux d’aspiration dimensionné pour évacuer la sciure.  Nul besoin de 50, 100m² voire plus pour pouvoir travailler le bois.  Parce que 15m² suffisent amplement lorsque l’on met en œuvre des outils à main.  On peut alors venir à bout de toutes les réalisations courantes.  Et sauf à s’atteler à la fabrication d’une bibliothèque magistrale pour un riche châtelain, il n’en faut pas plus pour mener à bien tous les projets de meuble qui peuplent nos espaces de vie.  De la petite boîte à bijoux à l’étagère en passant par la commode ou le siège.  Et, fallait-il le préciser, 15m² comprend le stockage de bois et le rangement des outils.


D’ailleurs le travail du bois aux outils à main dans un T2 a été testé et validé.

Quelques considérations

En élargissant les considérations : sur le plan économique, il est plus rentable d’investir dans un jeu d’outils à main que dans un jeu de machines électroportatives de qualité équivalente.  D’autant plus que les outils haut de gamme (on ne parle pas d’outils de luxe) ne décottent pour ainsi dire pas et un rabot Lie Nielsen, Véritas ou Clifton d’occasion, à moins d’être endommagé, se vendra facilement à 80% du prix du neuf.
D’ailleurs nul besoin d’investir d’emblée dans un jeu complet d’outils : l’investissement peut se faire au fil de l’eau, au fur et à mesure que la complexité des réalisations progresse et que la pratique s’enrichit (cet article traite justement de la stratégie d’équipement).  D’ailleurs, avec ces outils, pas de prise à brancher, pas de tuyau d’aspiration à connecter, pas de fraise à monter, pas de gabarit à fabriquer.  On sort l’outil et on le met en œuvre.
Et une fois ce jeu constitué, travailler le bois aux outils à main ne coûte pour ainsi dire plus rien.  Voici les dépenses récurrentes auxquelles vous aurez à faire face : une pierre à affûter tous les 4 ou 5 ans, un moyen de protéger l’acier et la fonte des outils de l’oxydation tous les 2 ans (un flacon d’huile de camélia, d’huile de jojoba ou de la cire protectrice) et une petite boîte de pansements mais je parie que vous ne la terminerez pas.
En revanche, le seul poste de dépense qui va mécaniquement augmenter, c’est le budget du muesli qu’il faudra verser dans le bol le matin pour terminer la journée !

Plus sûr que de travailler à la machine.

Oui, travailler le bois comporte des risques.  A la machine ou à la main, la blessure peut survenir si les règles de sécurité ne sont pas respectées.  Néanmoins, si l’on se blesse moins souvent à la machine, il n’est pas rare d’aboutir à une amputation ne serait-ce que de phalange.
Les outils à main, et à fortiori lorsque l’on commence à pratiquer, n’engendrent que de petites coupures, des petites éraflures mais guère davantage.  D’ailleurs, au fur et à mesure que l’expérience se construit, il y a de moins en moins besoin de faire appel aux pansements.

D’autre part, travailler aux outils à main produit peu de poussière fine.  Du travail à la main, il résulte des copeaux et un peu de sciure, mais la production de poussière est sans commune mesure inférieure à celle produite par les machines.  Le système d’aspiration (gros diamètre dans ce cas) est un luxe inutile et un bon balai couplé à une large balayette fonctionnent très efficacement pour nettoyer le sol de l’atelier.

Une pratique épaisse, dense, solide et complète

Il est très facile de commencer à travailler le bois à la main.  Une scie, des tasseaux, un vilebrequin et des vis et l’on peut très vite monter une petite structure.  Néanmoins, au fur et à mesure que l’on acquière de l’expérience, on commence à prendre en compte les déformations du bois, on comprend mieux la façon dont la scie opère, on peaufine et l’on améliore sa technique d’affûtage, on commence à courber les lignes des réalisations, on laisse la place au fil du bois et au dessin des veines pour s’exprimer…

La pratique est épaisse, parce que si l’on parvient très rapidement à mener à bien une réalisation, la profondeur des connaissances pour l’embrasser entièrement est insondable, et c’est justement ce qui en fait sa beauté !

Une pratique dense parce qu’à l’établi, quatre des cinq sens (le toucher, l’ouïe, l’odorat et la vue) sont sollicités et permettent de comprendre ce qu’il se passe dans cette relation intime qui a lieu entre l’acier et le bois.  

La pratique est également solide parce qu’elle s’appuie sur des siècles de métier et d’expérience, que des générations d’artisans nous ont transmises.

Et enfin c’est une pratique complète parce qu’au travers des techniques et des connaissances, il est possible de maîtriser de manière directe la qualité finale de la réalisation.

Quoiqu’il en soit, travailler le bois à la main constitue aujourd’hui un contrepoint à la volatilité de notre époque : à la futilité des requêtes aux Intelligences Artificielles, nous sommes une communauté de plus en plus nombreuse à substituer l’Intelligence Artisanale.  Une pratique d’échange et de partage qui nous permet de plonger dans l’odeur enveloppante de l’atelier, loin des tumultes et du brouhaha du monde, pour fabriquer nos meubles à l’aide de nos propres mains.  Et ces réalisations ancrées, qui sont pensées, conçues et produites avec intention, survivront, là est le sens de notre travail, aux épreuves du temps. 


Sébastien Gros – La Manufacture Atelier Bois

Ebéniste, formateur, auteur du livre « Travail du Bois aux Outils à Main – Tome 1 : scies, rabots, ciseaux

Ig : @lamanufactureatelierbois

FB : @SebGrosLaManufactureAtelierBois

www.lamanufactureatelierbois.fr

 

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